L’enseignement
de l’analyse des musiques de tradition orale
Jean-Louis Florentz a donné un séminaire au Kenyatta University College de Nairobi au Kenya, en 1982, puis a enseigné l’analyse des musiques de tradition orale aux élèves musiciens du Conservatoire national supérieur de musique de Lyon de 1985 à 2000, et a animé des stages ARIAM à Boulogne en 1996.
Mon enseignement est constamment réorienté sur le maintien d’une mémoire vive. Je ne veux pas polariser mes étudiants sur la seule compilation du savoir, qui de toutes manière nous échappera toujours dans beaucoup de ses dimensions. Ce comportement, proche de la prédation, conduit aux nécropoles culturelles que sont le musée de l’Homme, ou le musée des Arts et traditions populaires par exemple. La mémoire vivante d’un peuple mène au désir de communication vraie. Pour y parvenir, il ne suffit pas de vouloir tout comprendre, comme cherchent à le faire certains ethnologues, il faut aussi et surtout savoir recevoir, se préparer à cela, avant d’entreprendre un voyage, qui sera toujours trop court.
On ne se prépare pas n’importe comment à un tel contact. J’essaie de susciter, de créer un phénomène vibratoire hautement individualisé dans l’esprit et le cœur de chaque élève. Les symboles vivants – ceux qui ont un écho dans la conscience individuelle ou collective de telle ethnie considérée – peuvent dans l’être une résonance vibrante, le détachant de son ethnocentrisme.
Cela suppose une certaine participation au mystère, une implication de chacun dans ce que nous, Occidentaux, appelons le métaphysique, le surnaturel, l’irrationnel, bref, tout ce qui ne relève pas de l’univers sécularisé dans lequel nous baignons présentement… Les symboles réactivent, intensifient et transforment le spectateur en acteur, lorsqu’ils provoquent une fonction de résonance, analogue aux phénomènes vibratoires de la dynamique physique. La finesse de perception musicale s’en trouve singulièrement accrue…
Zodiaque, n° 163 de janvier 1990