Asmarâ
Melt’ân pour chœur mixte a cappella op. 9 (1991-1992)
Durée : 16 minutes environ
Comme dans le cycle précédent, le Livre du Pacte de Miséricorde, la voix tient ici une place prépondérante. En effet, qualifiant ces œuvres de « péri-liturgiques », et leur donnant un sens et une destination proche de l’Hymnodie1, le compositeur les rapproche le plus possible de la liturgie, où la voix, aussi bien parlée que psalmodiée ou chantée, est le principal outil de communication entre les fidèles. Les voix du chœur mixte de Asmarâ sont des voix dont la technique occidentale s’éloigne inévitablement du timbre caractéristique, « à la limite du falsetto », des voix éthiopiennes. Les voix féminines d’ailleurs, sont ici largement sollicitées alors que dans la liturgie orthodoxe éthiopienne, elles n’interviennent pas.
Asmarâ (op. 9), seconde période du Livre des Enchantements, est un Melt’ân pour chœur mixte a cappella. Dans la terminologie liturgique éthiopienne, le Melt’ân est la répétition, parfois abrégée, d’un même texte, chanté sur l’air d’un autre. Le Psaume 8 est une louange à Dieu créateur et ami de l’homme, mais aussi à la grandeur et à la beauté de l’homme qui s’étonne que son Créateur se soucie de lui à ce point, en lui soumettant toute sa création : « Tu l’as fait de peu inférieur à un Ange ».
Dans le contexte du Livre des Enchantements, et dans la continuité du prologue présenté précédemment, ce Melt’ân se voudrait une évocation de l’état d’innocence, avant le Péché Originel (Gn 2, 8-25). De même le pardon, la réconciliation, révèlent les formes d’existence enfantines, enfouies à l’âge adulte, qui renvoient à l’esprit des commencements, à une terre originelle inviolée, et cela jusqu’à une lointaine époque où naquirent dans la Rift Valley, en Afrique de l’Est, la conscience, la capacité de s’émerveiller, et donc la liberté, chez nos si lointains ancêtres, de se tourner vers leur Créateur pour le remercier d’exister.
Le Psaume est chanté en Ge’ez ou éthiopien liturgique. La langue éthiopienne, dérivée du sabéen, ou sud arabique, est la seule langue africaine possédant son écriture et son alphabet propre. C’est la langue des « montagnes au-delà des fleuves de Koush » dont parle Isaïe (18, 1-7), et où « vivait le peuple élancé et bronzé ».
Ces montagnes, ce pays évoqué par Isaïe, c’est l’Éthiopie, en particulier la grande Rift Valley, au bord du fleuve Omo qui se jette dans le lac Turkana, au Kenya, Asmarâ, dont le support textuel est le Psaume 8, est une paraphrase de Marc (10, 15) : « Amen, je vous le dis : quiconque n’accueille pas le royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera pas » ainsi qu’un hommage au grand théologien Hans Urs von Balthazar.
Extraits de presse
[...] Si la musique de Jean-Louis Florentz est un chemin de la liberté, empruntons celui privilégié de Asmarâ op. 9 (1991-1992)? pour chœur mixte a cappella. Fondée sur un psaume éthiopien, cette œuvre nous rappelle que le compositeur était épris de cultures extra-occidentales, passionné d’Afrique noire. L’aisance rythmique, la forme insaisissable, mais aussi bien l’ancrage dans la consonance et la naïveté de l’expression, manifestes dans Asmarâ, si typiques du style de Florentz, sont des éléments dont pourrait sans doute se réclamer une nouvelle génération de compositeurs. Ainsi celui qui refusa une vision artistique axée sur la nouveauté à tout prix, a, paradoxalement, ouvert des voies fructueuses.
Michaël Sebaoun, Classica Répertoire, septembre 2005
Auditions et enregistrements
Création : le 14 février 1992 à Aix-les-Bains au Festival Olympique des Arts, par
l’Ensemble Vocal Michel Piquemal, direction : Michel Piquemal.
CD GLOBE GLO-5215 French Choral Music
Netherlands Chamber Choir (2002)
Direction : Ed Spanjaard
CD Adami – Sacem – la Casa de Velasquez 02205.2
Soli-Tutti
Direction : Denis Gautheyrie
CD UNIVERSAL ACCORD 476 7495 Jean-Louis FLORENTZ - Concert-Hommage à Notre-Dame
Maîtrise Notre-Dame de Paris
Direction : Nicole Corti
Enregistrement live les 14 & 15 janvier 2005
Partition
Éditée chez Alphonse Leduc, Paris, sous la référence AL 28992.
1 L’hymnodie désigne (au sens large) un ensemble de compositions ecclésiastiques poétiques, éventuellement non-bibliques, et destinées à être chantées.