L’Anneau de Salomon
Danse symphonique pour grand orchestre op. 14
Commande de l’Orchestre National de Lyon.
Dédié à Nelson Rolihlahla Mandela, Président de la république d’Afrique du Sud.
Durée : 25 minutes environ.
Dédié à Nelson Mandela, Président de la République d’Afrique du Sud, L’Anneau de Salomon comporte deux versions, dont la seconde, pour choeur mixte (sans paroles) et orchestre, sera un ballet.
L’argument de cette danse symphonique (et du ballet) est inspiré essentiellement du Testament de Salomon, texte apocryphe du IIe ou IIIe siècle, de plusieurs textes de l’Ancien Testament, de commentaires du Coran, de trois Contes des Mille et Une Nuits, mais plus encore de l’autobiographie de Nelson Mandela : Long Walk to Freedom [Un long chemin vers la liberté].
Un jeune artiste du Temple, favori de Salomon, s’évade de Jérusalem après avoir volé l’Anneau royal, et part à la recherche du site où sont incarcérés ses pairs, à la suite d’une révolte contre le roi… quelque part au bord de la Mer Rouge (I. « Lune de Sawâkyn »).
Il est guidé dans son voyage par les Djinns libres et les Filles de la Mer (II. « Colonnes de Corail ») qui le conduisent jusqu’à l’île au-delà des Sept Mers où Salomon, après avoir transformé les artisans rebelles en vapeurs bleues, les a enfermés dans des jarres scellées de plomb (III. « L’Île du non-retour »).
Grâce à la puissance de l’Anneau de Salomon, le jeune homme parvient à ressusciter ses amis. Une fois libres, ils fuient la Terre pour vivre en paix, à l’abri de l’esclavage et, parmi les étoiles, voguent vers le « Baudrier d’Orion ». (IV. « Litanies Cosmiques »).
Mais la fin de l’ouvrage ramène notre héros à la réalité : un vieux griot passant près du jeune homme endormi, le réveille au son de sa viole : tout cela n’était qu’un rêve. (Épilogue. « Le vieillard nubien »).
Nomenclature : 4 . 4 . 4 . 4 . / 5 . 4 . 3 . 1 . / Timb . 4 Perc . Cél . 2 Hpes . / Cordes : 16 . 14 . 12 . 10 . 8 .
Résumé du livret
«... Le roi Salomon possédait un Anneau, sur lequel était gravé le nom de Yahwé. Par la magie de cet Anneau, il détenait un pouvoir absolu sur tout l’Univers. Il soumit la plupart des Djinns, qu’il contraignit aux travaux les plus rudes. Il transforma les Djinns rebelles en chats et en chiens noirs, en tempêtes de sable ou en fumées bleues qu’il enferma dans des vases plombés jetés à la mer… On raconte que la victoire de Salomon ne fut pas complète, et que certains Djinns gardèrent leur liberté... »
Témoignage et extrait de presse
Quel instant rare ai-je passé hier soir au Théâtre des Champs-Élysées grâce à toi et à ta partition. La fluorescence de cet Anneau de Salomon grâce à la quête sonore et solaire des cordes, à ce mystère d’une petite harmonie miroitante et soyeuse, tout m’a plongé dans un univers intime et frémissant. C’est un grand œuvre que tu nous offres là. Les images sont si fortes que je me demande bien quel chorégraphe saura ou pourra les traduire sans contre-sens ni pléonasme…
Antoine Livio, lettre envoyée à Jean-Louis Florentz le 2 avril 1999
Voyage entre l’Afrique et l’Arabie
... L’Anneau de Salomon est une danse symphonique composée par Jean-Louis Florentz pour l’Orchestre national de Lyon. Maintenant en résidence au sein de l’ONPL, ce compositeur perfectionniste livrera seulement l’année prochaine sa première commande. Patientons avec cette oeuvre aux dimensions biblique et onirique. La musique de Florentz est très riche et très écrite. Très appliquée même dans le bon sens du terme.
Un peu comme Flaubert cherchant ses mots, les pesant pour trouver la formule juste. Rien n’est gratuit. Mais cette musique très travaillée jamais ne pèse ni ne pose. Les influences sont multiples. Florentz puise au cœur de la musique française, peut-on renier ses origines et garder son âme ? Mais il ne sombre jamais dans un « à la manière de ».
Si Debussy ou Ravel se montrent coloniaux dans un orientalisme d’expositions universelles, Florentz va en Afrique, en Arabie chercher une vérité qui lui est proche. L’influence la plus évidente se trouve en fait plus certainement chez Rimbaud et dans les Contes des mille et une nuits. Il y a du bateau ivre dans L’anneau de Salomon. Henry de Monfreid n’est pas loin lui aussi. Cette musique géographique, culinaire et ornithologique est tour à tour descriptive et odoriférante, chantante et ensorceleuse. C’est le grand souk de Khartoum, une tempête sur la Mer Rouge, une felouque sur le Nil ayant rompu ses amarres. Les vapeurs d’épices, l’odeur du narguilé et de la sueur des hommes, le rythme des danses soudanaises, enfin la puissance onirique née de la rencontre de l’Islam et de l’Afrique tout cela et plus encore se trouve dans cette musique. On ne savait pas quelle impérieuse magie, quelle ultime poésie avait capturé Arthur Rimbaud, l’avait retenu entre Soudan et Kenya, sur les bords de cette Mer Rouge à faire quelque improbable commerce. Trafiquant de rêve voilé le sort qui frappe quiconque, de Souakin à Massaoua, de Djedda à Qascir, écoute les vents solaires nés aux creux des dunes, réveillés par les brumes du sol. Jean- Louis Florentz a rapporté cette magie toute chaude et palpitante, il l’a polie avec respect et inquiétude : on ne réveille pas impunément les Djinns. Il y a deux sortes d’artistes et de compositeurs: ceux qui inventent à partir de ce qu’ils croient n’être rien et ceux qui retranscrivent ce qu’ils pensent être le tout. Florentz est de cette dernière catégorie. Julien Gracq nous apprend que c’est celle des oiseleurs et qu’elle s’oppose à celles des traqueurs, le pourcentage des seconds dans la réussite est toujours meilleur, leur rendement peut être incomparable, mais ils ne rapportent pas de gibier vivant. Florentz est donc un oiseleur ornithologique, étrange croisement entre hazzan et muezzin. Cette musique est en fait au-delà des cartes, par delà les étoiles et c’est ainsi qu’Allah est grand…
Jean Rouyer, Presse Océan du 6 avril 2001
Avec la minutie des enlumineurs de jadis, Florentz a bâti une grande polyphonie hédoniste où le rythme tient une place plus importante que d’ordinaire : la danse des Filles de la mer est soutenue par un chœur de lumineuses trompettes au milieu d’un bain harmonique de cordes ; dans l’Île du non-retour, on danse sur un gospel sud-africain que chaloupent les cors et bassons sur une polyrythmie de percussions, et, à la fin de l’ouvrage, les étoiles dansent sur un reggae soudanais stylisé, dans lequel bois, clavier et harpe se lancent dans une orgie rythmique. La charge décorative, d’un baroque flamboyant, entraîne dans un univers empli de merveilleux et de sacré, où la pure jouissance harmonique et sonore suscite l’imagination sans la contraindre. Le Ring de Florentz s’annonce comme une date dans la musique.
Guillaune Connesson
Auditions et enregistrement
Création le 1er avril 1999 à Paris, au théâtre des Champs-Élysées, par l’Orchestre national de Lyon.
Direction : Emmanuel Krivine.
CD Forlane 16832 (2003) L’Enfant des Îles op. 16 – L’Anneau de Salomon op. 14, distribution DOM.
Orchestre des Pays de Loire
Direction : Hubert Soudant.
L’enregistrement est celui de la création de la version symphonique seule, ouvrage destiné au ballet.
La version terminale de L’Anneau de Salomon comporte un chœur mixte ad libitum et sans paroles: ce sont les voix des “Djinns” et des “Filles de la Mer”. Ces voix ne font que doubler certaines parties instrumentales, tels des murmures plus ou moins présents…
Bibliographie
Le livret du ballet est inspiré des sources suivantes :
- « Testament de Salomon » (HAELEWYCK, J.-C., « La reine de Saba et les apocryphes salomoniens (Testament de Salomon et Questions de la reine de Saba) », Graphè n° 11 (2002), pages 83-99)
- Deutéronome
- Ier Livre des Rois
- IIe Livre des Chroniques
- Ṭabarī, Muḥammad ibn Ǧarīr ibn Yazīd al- (839?-923). La Chronique : histoire des prophètes et des rois, traduit du persan par Hermann Zotenberg, 2 vol., Arles, Actes Sud-Sinbad, 2001.
- Chronique de QAZWÎNÎ
- MIRKHOND (historien persan), Rawzat-us-Safa (Jardin de pureté), bible de l’islam ou l’histoire sainte suivant la foi musulmane, trad. de l’anglais par E. Lamairesse, Paris, G. Carré, 1894.
- « L’Histoire prodigieuse de la Ville d’airain », « L’histoire de la reine Yamlika » et « L’histoire du pêcheur avec le Djinn », des Contes des Mille et une Nuits
- L’histoire de la reine du matin et de Soliman, prince des génies” de Gérard de Nerval, Les Nuits du Ramazan
- MANDELA, Nelson. Un long chemin vers la liberté, Paris, Fayard, 1995.
Partition
Éditée par Alphonse Leduc, Paris, sous la référence AL 29174 (orchestre seul) et AL 29280 (chœur). Le matériel est en location.
Disponible à la vente sur le site foliomusic (conducteur).