La Croix du sud
Poème symphonique pour orgue op. 15 (1999-2000)
Commande de l’association Renaissance des grandes orgues de la Basilique Saint-Rémi de Reims
Dédié à Olivier Latry
Durée : 17 minutes
Temps de mûrissement
Septième voyage en Tunisie, en août 1999 (Sahara tunisien. Tozeur etc…) extrêmement inspirant. Début de composition sur place, puis de retour en France, articulation de l’œuvre sur un poème anonyme Touareg. Plusieurs séjours à Nantes, où j’ai travaillé sur l’orgue de Michel Bourcier, à l’église N. D. du Bon Port.
Également incidences des émotions du quatrième voyage en Égypte (Nubie, Pâques 1999) effectué immédiatement après la création de L’Anneau de Salomon.
Composition « sans efforts » (ou presque). Achèvement le 23-2-2000 ; total ~7 min.
Idée maîtresse
D’après le poème anonyme Touareg : le désir de revoir le bien-aimé, parti travailler à l’étranger (ici sur les rives du fleuve Niger, au Niger ou au Mali).
Mais aussi le désir de voir Dieu face à face : Ex. 3, 1-6 ; 33, 18-23 ; 34, 29-35 ; I Rois 19, 9-13 (Élie à l’Horeb). Coran 7, 143-147.
Idées techniques connexes
Recherche d’une très grande souplesse de la matière sonore. Préoccupations d’« orchestrations », en mettant à profit l’ensemble des commodités électroniques de l’orgue moderne. Ouvrage qui, comme les précédents (pour orgue) a été conçu spécifiquement pour les grandes orgues de Notre-Dame de Paris, intentionnellement dédié à Olivier Latry, immense improvisateur et « orchestrateur » à l’orgue. Aucune concession dans la virtuosité.
Extrait des notes de Jean-Louis Florentz
Sur un poème anonyme Touareg :
Celui que j’attendais est loin d’ici
Aussi loin que le ciel de la terre,
Aussi loin que la Croix du sud de la Guelta1.
L’amour qui me consume m’a rendue mince comme l’arc de l’imzad2.
Quand viendra-t-il traversant la dune, aussi leste qu’une antilope,
Plus rapide qu’un oiseau, plus harmonieux qu’une file de chameaux
Capturés dans la vallée de l’Ahaggar…
Le massif du Hoggar, au sud du Sahara. Un ensemble chaotique de volcans fossiles, dont ne subsistent aujourd’hui que les cheminées, mises à nu par l’érosion. Ces pitons basaltiques et phonolitiques, dressés vers le ciel comme des doigts de géants, font penser à d’immenses buffets d’orgue.
C’est le pays des Touaregs.
Le poème anonyme cité en exergue appartient au répertoire traditionnel des chants réservés aux cours d’amour (Ahal).Il est traité ici selon un procédé courant dans ma musique en général : la technique de cire et or. Un lieu, un être aimé, une idée …recouvrent et masquent une autre réalité, dont le sens reste caché et ne peut qu’être entrevu à partir d’un second texte, celui-là d’ordre religieux, et qui « met sur la voie ».
Le second texte est la rencontre de Moïse avec son Dieu, dans la montagne sacrée, d’après le récit d’Exode 33, 18-23, « revisité » par les versets 143 à 147 de la VIIe sourate du Coran, Al ’araf (Les Limbes) :
... Seigneur, permets que je Te regarde !
Jamais tu ne Me verras !
Regarde la montagne.
Si elle tient encore en place, alors tu pourras Me voir.
À peine son Seigneur se fut-il manifesté à la montagne qu’Il la nivela,
et Moïse tomba évanoui en poussant un cri.
Lorsqu’il se fut remis, il dit: « Pureté à Toi ! A Toi je me repens,
Et je suis le premier des croyants. »
La structure de l’ouvrage, en trois périodes, évoque les trois principaux états du sama, ou danse Soufi. La danse est toujours une libération des sens et de la joie spirituelle. Le premier état du sama, dit charnel, se réfère à ceux qui n’ont pas dominé leurs passions. Le deuxième état est le dévoilement de la jouissance spirituelle, qui entraîne l’extase. Le troisième état est celui de l’union avec Dieu, de l’union la plus dépouillée et la plus parfaite.
1 Point d’eau.
2 Viole monocorde Touareg.
Extraits de presse
Yves Rousseau, La Lettre du Musicien n° 245, novembre 2000
Jean Ferrard, Magazine Orgue, n° 66, août, novembre 2001
Partition
Éditée par Alphonse Leduc, Paris, sous la référence AL 29336.
Disponible à la vente, par exemple sur le site foliomusic.