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Qṣar Ghilâne (le palais des Djinns)

Poème symphonique pour grand orchestre op. 18
d’après Étranger de Lorand Gaspar

Commande de l’Ensemble orchestral de Paris et du ministère de la Culture

Qṣar Ghilâne est construit sur un poème de Lorand Gaspar, ami de longue date avec lequel je partage la même passion pour le monde animal, la géologie, la biologie… [...] Né en 1925 dans une famille hongroise en Transylvanie orientale (Roumanie), Lorand Gaspar est un poète français qui a exercé jusqu’à sa retraite comme chirurgien au C.H.U. Charles Nicolle de Tunis.
Son poème Étranger (in Patmos et autres poèmes, Gallimard, Paris, 2001) est une méditation sur son passé d’émigrant et sa vie de migrateur ou nomade, depuis les années de déportation dans un camp de travail allemand d’où il s’évade en 1945 pour se retrouver à Strasbourg « après une promenade de 400 km ». La France lui ayant accordé l’asile politique, il s’installe à Paris, y fait des études de médecine et se spécialise en chirurgie. Envoyé en 1955 dans les hôpitaux français de Jérusalem et de Bethléem, il rejoint son poste à Tunis en 1970. [...]
Son œuvre s’enracine essentiellement dans la nature et les grands espaces, en particulier les vastes horizons de l’Orient et de l’Afrique… qui forment les lignes de fuite de toutes mes œuvres.

Liés à mon parcours personnel, les thèmes de l’accueil, de la tolérance, mais aussi de l’appel irrésistible vers l’au-delà à travers le surréel et le féérique, sont la toile de fond de l’ensemble de ma musique, et m’ont fait entrer immédiatement en résonance avec ce texte magnifique d’un voyageur enraciné dans l’inaliénable.
En quelques semaines, tous les travaux préparatoires commencés à Qṣar Ghilâne furent désorientés, infléchis, déroutés vers ce poème qui agissait sur moi comme un aimant. Sans doute les ghoules y sont-il spour quelques chose… à moins que ce soient les tornades de poussière, les oiseaux de la palmeraie, ou encore le son envoûtant de la brise dans les éthels…
Quoi qu’il en soit, ce nouvel ouvrage a pour titre le lieu-même de ses prémisses : Qṣar Ghilâne.

Qṣar Ghilâne est une prière, et un clin d’œil à un vieil ami libanais, moine cistercien rencontré à Latroun, en Palestine, en 1989. Un jour, le croisant dans les jardins de l’Abbaye en train de dire son chapelet, je lui demandai :
— Pour qui pries-tu en ce moment ?
Ce à quoi il répondit, en levant les yeux au ciel :
— Moi, je n’en sais rien. Mais Lui, Il le sait !...

« Qṣar Ghilâne », genèse d’une création, Jean-Louis Florentz (dépôt légal SNAC n° 5-3285)

Cette œuvre est celle dans laquelle le plus grand nombre d’oiseaux sont cités (22) ; certains trait sont empruntés également à des cigales ou à des agames, reptiles africains et orientaux cousins des lézards.
Concernant l’appellation de « palais des Djinns », inspirée par la phrase du poème
« ...chez soi dans la nuit que déchire
un feu au fond de son désert… »
Jean-Louis Florentz a écrit :

Les Djinns, cités 31 fois dans le Coran, sont des êtres invisibles et mystérieux, sur l’activité desquels l’imaginaire des Arabes – mais aussi de tous les Africains ou Malgaches – a tissé d’incroyables histoires. Aux yeux des Bédouins, ils sont les véritables possesseurs de la terre. Ils ont été crées à partir d’un feu sans fumée, et placés sur terre par Dieu bien avant que’Il ne crée Adam.
Le Bédouin n’ose dresser une nouvelle tente sans faire un sacrifice au « maître du lieu » : le Jinni qui habite le terrain sur lequel il souhaite s’établir.
Le jour, les Djinss se dérobennt aux regards. Mais la nuit, ils se répandent partout où les ténèbres les enveloppent.
La pensée fabulatrice arabe se représente les Djinns principalement sous forme de Ghoules, êtres hybrides et bizarres, mâles ou femelles, pouvant prendre de multiples apparences souvent terrifiantes.
Le Ghoule a parfois le buste d’un homme et les jambes d’un âne. Ailleurs, il a une tête de chat, une langue de chien fendue en son milieu, et il se dresse sur de minuscules jambes. Mais il peut aussi adopter les formes normales d’un animal ou d’un être humain et, plus particulièrement pour mieux égarer les voyageurs, celles d’une jeune et belle femme.
Les Djinns ont une préférence marquée pour les formes rampantes : serpent, scorpion, myriapode, hérisson, gerboise, rat, souris… Ils sont également en rapport avec des animaux semi-célestes : corbeau, coq, pigeon. Ils ont pour monture l’autruche, le lièvre ou le lézard, animaux généralement rapides qui déroutent l’esprit par leur apparition ou leur disparition soudaines.
C’est pas le Djinn que les Arabes expliquent les effets du mirage, le chant des sables mouvants, et l’égarement dans le désert. Aussi évitent-ils les coins solitaires, surtout la nuit, de peur de se trouver face à face avec ces êtres mystérieux et malfaisants… quoiqu’ils ne soient pas tous malfaisants… Beaucoup croient en Dieu, certains font même le pélerinage à La Mecque…
On pense aussi que la plupart des Djinns ont des formes aériennes, capables de voler et de glisser sur les vents.
Ils se querellent parfois, et les légendes populaires arabes expliquent les orages et les tourbillons de vent par les guerres tribales des Djinns. Dans les contes populaires égyptiens, les tornades qui balaient le désert et les régions plates, et qui s’élèvent en épaisses colonnes de sable, sont causées par des Djinns qui, essayant d’échapper à leurs poursuivants, enfourchent les vents et s’élèvent au-dessus de la terre.
...Ils sont répandus dans Qṣar Ghilâne, comme dans beaucoup d’autres œuvres1, et n’ont pas plus d’importance que celle que je désire leur donner, au moment où j’ai besoin d’eux.
Sur eux, comme sur bien d’autres secrets enfouis dans les tirets du poème de Lorand Gaspar, je préfère me taire…

« Qṣar Ghilâne », genèse d’une création, Jean-Louis Florentz (dépôt légal SNAC n° 5-3285)

1 En particulier dans L’Anneau de Salomon, danse symphonique opus 14.

Audition et enregistrement

Création : le 30 septembre 2003, au Théâtre des Champs-Élysées,
à l’occasion du 25e anniversaire de l’Ensemble orchestral de Paris
Direction : John Nelson

CD UNIVERSAL ACCORD 476 7495 Jean-Louis FLORENTZ - Concert-Hommage à Notre-Dame
Maîtrise Notre-Dame de Paris
Direction : Nicole Corti
Enregistrement live les 14 & 15 janvier 2005

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