Debout sur le soleil
Chant de Résurrection pour orgue op. 8 (1990)
Commande de Radio France
Dédié à Michel Bourcier
Durée : 25 minutes environ
Temps de mûrissement
1988 : premiers essais à Plaisance-du-Gers
1989 : deux voyages en Israël (Abbaye de Latroun, Église Éthiopienne de Jérusalem, Pâques 89)
été 1989 : nombreux enregistrements et documents photographiques sur le Carême de l’Assomption
au monastère éthiopien de Däbrä Gânnât (Monastère du Paradis, Jérusalem-Ouest).
1990 : troisième voyage en Israël. Enregistrements des fêtes des Rameaux et de Pâques au
Saint-Sépulcre, Jérusalem. Transcriptions de chants liturgiques éthiopiens. Cours de Ge’ez
à l’Institut Catholique. Cours d’amharique à l’INALCO.
Composition : période de la guerre du Golfe – Lever très tôt le matin – Je composais à peu près au rythme de cette guerre – Achèvement le 25 févrirer 1991.
Élaboration extrêmement difficile compte-tenu du contexte de l’époque.
Que cette œuvre ait pu être achevée relève presque du miracle…
Temps réel de composition difficile à évaluer – les trois voyages en Israël ont pesé très lourd dans l’inspiration générale.
(d’après les carnets de Jean-Louis Florentz)
Le Livre des Enchantements est composé de deux œuvres, Debout sur le Soleil, chant de résurrection op. 8 pour orgue et Asmarâ op. 9 pour chœur mixte a cappella. Il est destiné à s’enrichir plus tard de deux œuvres nouvelles, pour atteindre le chiffre 4, symbole principal du cycle, allusion aux quatre points cardinaux et aux quatre branches de la croix.
L’imposante pièce d’orgue en constitue le prologue. Sa composition fait suite aux trois séjours que le compositeur a faits à Jérusalem dans la communauté éthiopienne orthodoxe du monastère Däbrâ Gännät (Monastère du Paradis fondé en 1885), au sein duquel il a pu participer aux différentes liturgies. Il en a rapporté un enregistrement publié dans la collection OCORA de Radio-France.
Pour les orthodoxes, l’instrument de musique est banni de la liturgie, la voix étant considérée comme seule capable de s’approcher du sacré. Chez les Éthiopiens, seuls sont admis cistres, clochettes et quelques tambours, ainsi que la frappe du Maqwamiyâ, « bâton de prière », qui viennent ponctuer la célébration. Dans un souci œcuménique, ainsi que se situant dans une démarche de créateur et non de musicologue ou d’ethnologue, c’est pourtant à l’instrument phare de la liturgie catholique, l’orgue, que Jean-Louis Florentz confie le soin d’ouvrir ce cycle. Cet instrument prend alors des colorations vocales … Les gigantesques accords qui ouvrent Debout sur le Soleil et que l’on retrouve à l’occasion des quatre « refrains » sont la représentation de la masse vocale complexe provoquée par le chant hétérophonique1 des fidèles.
La tonique2 du Livre des Enchantements est sol# (dièse). Ce choix, loin d’être fortuit, est chargé de symboles.
Extrait de la « Présentation analytique » de Debout sur le Soleil, plaquette du programme de la création, page 8.
À de nombreuses octaves inférieures près, sol# est la fréquence de l’Hydrogène atomique, fréquence sur laquelle les astrophysiciens tentent de capter les voix de l’infini cosmique. La longueur d’onde de l’Hydrogène atomique est de 21cm. Cette dimension est aussi la largeur moyenne des feuilles de la forêt équatoriale dite « forêt-cathédrale », qui font écran à la communication acoustique. Tous les êtres vivant dans la grande forêt sont contraints d’adapter leurs signaux acoustiques (leurs chants) à cette barrière, en particulier en concentrant leur énergie sonore sur les sons fondamentaux, avec une prédominance de notes tenues, répétées, à sonorité quasiment « électronique ». On a calculé la fréquence-charnière au delà de laquelle l’écran végétal absorbe brusquement les sons : cette fréquence est très proche de sol#5.”
Comme toujours chez Jean-Louis Florentz, la conception de l’œuvre relève plus de procédés extra-européens qu’occidentaux. Ainsi, Debout sur le Soleil est un Madrosh, genre poétique très ancien et forme particulière de l’ hymnodie syriaque.
Ce terme, (de « dârâshâ », instruire, rechercher, ouvrir une voix, dans un sens amoureux) désigne un genre lyrique comportant notamment un refrain presque invariable appelé « unito », qui se répète après chaque strophe.
Extrait de la « Présentation analytique » de Debout sur le Soleil, plaquette du programme de la création, page 8.
Si Debout sur le soleil et Asmarâ sont le plus souvent donnés séparément, leur enchaînement, prévu et souhaité par le compositeur, crée un effet dramatique saisissant. Incidemment, l’orgue et le chœur retrouvent leur rapport d’alternance et non de simultanéité qu’ils entretenaient depuis l’apparition de cet instrument en Occident, dans la liturgie catholique, jusqu’au XVIIIe siècle.
Michel Bourcier, d’après Jean-Louis Florentz.
Auditions et enregistrements
Création : le 10 mars 1991 à l’Église Saint-Eustache, Paris.
Orgue : Michel Bourcier
Prochains concerts : Michel Bourcier jouera Debout sur le Soleil le 16 juillet 2006 à Saint-Germain de Rennes, le 20 juillet à Saint-Louis de Grenoble (Festival Olivier Messiaen), le 6 août à la cathédrale d’Helsinki.
CD KOCH SCHWANN 3-6407-2 H1 (1995)
CD UNIVERSAL ACCORD 476-7495
Enregistrement Live : 14 & 15 janvier 2005. Cathédrale Notre-Dame de Paris dans le cadre de “Musique Sacrée à Notre-Dame.
Voir aussi le disque L’Église Orthodoxe Éthiopienne de Jérusalem. L’Assomption à Däbrä Gännât, OCORA-Radio-France C 560027-28.
Partition
Éditée chez Alphonse Leduc, Paris, sous la référence AL 28229.
1 Chant non simultané d’une même mélodie – il ne s’agit pas de polyphonie.
2 Principale note polaire de l’œuvre, « note-pivot » dans le système harmonique du compositeur.